Qui était Yves-Marie Le Guilvinec, marin-pêcheur et auteur de chansons, disparu prématurément en mer ?
Je suis détective privé, et depuis pas mal de temps. Je suis un loup solitaire, célibataire, et fauché. Je me suis retrouvé en taule plus d’une fois. J’aime l’alcool, les femmes, et quelques autres petites choses. Les flics ne m’aiment pas, mais j’en connais deux avec lesquels je m’entends bien. Mes parents sont morts ; je n’ai ni frère ni sœur, et si un jour je me fais assommer au fond d’une impasse, comme ça pourrait arriver à n’importe qui dans mon métier, comme d’ailleurs à des tas de gens dans d’autres métiers ou même sans métier, personne ne se dira que sa vie a perdu son sens.
J’en étais à mon troisième bourbon, à espérer que quelque chose arrive enfin.
Alors quand ce gars est entré, je me suis dit que l’action allait revenir.
Il m’a raconté sa vie, pas folichonne : il avait été gabier, il avait passé sa vie à naviguer et à chanter. Il y a de longues années, il avait rencontré un marin-poète qui avait écrit quelques chansons, et qui s’appelait Yves-Marie Le Guilvinec.
Puis Le Guilvinec avait disparu, introuvable depuis, présumé perdu en mer. Mais cette explication ne lui convenait pas. Il n’avait pu trouver la moindre trace de son poète, mais il gardait l’espoir. Il voulait en savoir plus, et il était prêt à payer un bon prix.
J’acceptai le défi, malgré les risques qu’il ne manqua pas d’évoquer. Et petit à petit, le déroulement des faits se fit plus clair.
Yves-Marie Le Guilvinec serait né à Trigavou, près de Dinan. Pêcheur sur les grands bancs de Terre-Neuve, cadet d’une famille nombreuse, il vécut sans autre horizon que la pêche à la morue. Il mourut en mer à trente ans, avant de tomber dans l’oubli.
Je pensais que cela allait me faire quelque menue monnaie rapidement et facilement gagnée. J’allais rendre mes conclusions et empocher mon dû, quand des détails attirèrent mon attention. Tout d’abord Le Guilvinec aurait vécu de 1870 à 1900. C’était quand même il y a bien longtemps, alors que mon client prétendait l’avoir côtoyé. D’un coup il me sembla que les renseignements qu’on m’avait donnés étaient bien louches.
En cherchant plus loin, je découvris assez vite que toutes ces informations n’avaient qu’une seule source, un chanteur qui prétendait être tombé sur un cahier de chansons dans une brocante, un certain François Morel.
C’est sûr, en écoutant ses dires un peu distraitement, ça pouvait avoir l’air de se tenir. François Morel avait ainsi raconté aux quatre vents ce qu’il prétendait savoir sur Le Guilvinec.
Ce qui a permis aux journalistes, décidément pas assez curieux, de le répéter à l’envi : « chinant un jour dans la foire-à-tout de Saint-Lunaire, l’ancien fromager des Deschiens tomba sur une revue piquetée d’écailles de poisson, où figuraient une douzaine de chansons signées Le Guilvinec. Intrigué autant que séduit, il enquêta sur cet auteur compositeur natif de Trigavou et travailla sans relâche à sa réhabilitation. »[1].
Pas de doute, les choses avaient été bien faites. Au point qu’on pouvait lire partout qu’on avait aussi déniché « des lettres émouvantes de sa mère »[2].
François Morel, sans doute pour donner plus d’épaisseur au personnage, n’avait pas été avare de détails : « Moi aussi, je trouve ce garçon bizarre. Ces textes ont une véritable résonance moderne. Ces écrits font écho à beaucoup de choses que l’on vit aujourd’hui. S’il avait parlé seulement de son époque, peut-être que l’on se serait moins intéressé à son travail. »[3].
À force de lire trente fois les mêmes phrases, je me rendais bien compte que la plupart des auteurs de ces lignes s’étaient contentés de recopier le dossier de presse. Même les libraires sérieux n’avaient pas essayé d’aller plus loin[4].
Il n’était pourtant pas si difficile de découvrir la vérité.
France-Info avait commencé à écorner la fable, bien timidement mais réellement, en révélant que certains des textes avaient été écrits par François Morel lui-même : « Les textes étant incomplets, François Morel a décidé de les restaurer, d’imaginer des mots et des notes là où il n’y en avait plus »[5].
Et d’un coup la vérité se fit jour. La farce, car c’en était une, le canular, car c’en était un, tout était dévoilé : « En 2020, livre et disque à l’appui, François Morel nous révélait l’existence d’Yves-Marie Le Guilvinec, pêcheur et auteur de chansons né à Trigavou en 1870 et mort en mer à 30 ans, dont il a découvert le patrimoine au hasard d’un vide-grenier à Saint-Lunaire. Ça ne s’invente pas ? Ben si, et c’est encore meilleur sous la dent, les yeux et les oreilles. »[6].
En effet, c’était beau, mais c’était inventé.
Pour clarifier les choses, François Morel avait même donné une interview, où il « avouait » tout : « en 2017, Gérard Mordillat m’a demandé si, pour la clôture de Ciné Salé, le festival de cinéma sur la mer qu’il organise au Havre […], je voulais bien chanter des chansons de marins […]. Je n’en avais pas dans mon répertoire. Il m’a proposé de reprendre des chansons d’Hugues Aufray ou de Renaud[…]. J’ai trouvé plus rigolo d’en écrire […]. Et le jour du spectacle, on a inventé ce personnage d’Yves-Marie Le Guilvinec. Gérard l’a présenté comme l’auteur et les gens l’ont cru. Après on a tiré le fil… »[7].
Le chapeau de l’article contenant l’interview était d’ailleurs sans équivoque : « Entouré d’une bande de gais lurons, l’artiste chante Yves-Marie Le Guilvinec, un poète et marin breton disparu… et inventé de toutes pièces ! »[7].
Mon enquête était terminée. Quand j’annonçai au client le résultat de mes recherches, il ne fut même pas surpris. Il se doutait depuis longtemps de la vérité, et il n’avait prétendu avoir connu Yves-Marie Le Guilvinec que dans le but de donner du piquant à mon enquête. Je faillis lui dire que je n’avais pas que ça à faire. Puis me revint à l’esprit l’ennui dans lequel je marinais avant qu’il arrive. Je m’écrasai, empochai son argent, et m’offris un grand Bourbon quand il est sorti. Je l’avais bien mérité…
L’histoire était fausse, mais belle. C’est le plus important.
Pourquoi appelle-t-on souvent cette chanson « Sataniclès », au lieu de « Satanicles » ?
Pourquoi appelle-t-on si souvent cette chanson « Sataniclès », en insistant bien sur « SataniclAISSE », alors qu'il faut prononcer « SataniclEU », car cela s'écrit bien « Satanicles», sans accent ?
Demandez aux chanteurs et aux amateurs de chants de marins comment s'appelle cette chanson, et la plupart vous répondront « Sataniclès ».
Mais non, ce n'est pas un nom grec (comme « Périclès » ou « Podalydès »).
C'est
simplement le nom, bien français, d'un oiseau de mer, appelé aussi
(entre autres) pétrel-tempête.
Sa description dans Wikipedia nous dit :
Et là on repense aux paroles de la chanson :
Toujours sur Wikipedia :
Et dans la chanson il y a justement :
Oui, cette chanson parle des oiseaux qui suivent les bateaux dans la tempêtes, les satanicles...
Pour finir de vous convaincre je vous encourage à lire
« Satanicles »
sur le site de l’association des Amis du Musée maritime de La Rochelle.
Il y a même un enregistrement des Gabiers
d'Artimon sur cette page.
De toutes façons, pour ceux qui n'avaient pas compris de quoi parle cette chanson, il y avait quand même un gros indice dans le texte que dit Michel Tonnerre avant de la chanter, dans l'enregistrement qui figure sur le disque « Ti Beudeff » :
Et pour enfoncer le clou si vous avez encore des doutes : dans le livre « Une bordée de rimes », paru en 2010 et qui contient les paroles des chants de Michel Tonnerre, il est bien écrit « Satanicles » comme titre de la chanson, sans accent.
Cette chanson de Soldat Louis parle de la vie des pirates qui craignent de finir sur le gibet de Savannah.
« Savannah », c'est le titre d'une chanson de Soldat Louis, groupe de musique originaire de Lorient.
Mais Savannah c'est d'abord, et surtout, une ville de Géorgie, sur la côte est des États-Unis, un peu au nord de la Floride.
La ville de Savannah était connue pour servir de repère aux pirates et flibustiers. (Il semble cependant que les faits aient été un peu exagérés.)
La chanson, elle, parle de la vie des pirates qui, justement, craignent de finir sur le gibet de Savannah.
Pour écrire cette chanson, Renaud Detressan s'est inspiré d'un livre de Pierre McOrlan, « À bord de l'Étoile-Matutine », qui nous donne à lire les mémoires, au début du XVIIIe siècle, d'un vieil homme, retiré à Londres, qui y raconte, après son enfance misérable en Bretagne, les aventures de sa jeunesse, lorsqu'il écumait les mers des Caraïbes sous les ordres du redoutable pirate George Merry, capitaine de L'Étoile-Matutine.
Un des chapitres décrit la fin de ce même capitaine George Merry, pendu sur les quais de Savannah :
En bref, « Savannah » raconte la vie des pirates des Caraïbes, les « gentilshommes de fortune », « oubliés des honnêtes gens », qui « ont plus peur du gibet de Savannah que de Satan », et qui préfèrent mourir au combat « d'un bras qui tient une lame ». Ils partent vers les Caraïbes, « les mers du sud », toujours balançant entre leur conscience (« la bible ») et la piraterie (« le Jolly Roger », c'est-à-dire le pavillon pirate, la tête de mort surmontant deux tibias).
Quant au bar de Renaud Detressan (le Savanah, avec un seul « n », au Courégant, à Plœmeur), il a sans doute été nommé ainsi d'après le livre et/ou la chanson.
Non, ce n'est pas un chant irlandais.
« Dirty old town » est une chanson très connue :
Contrairement à ce que beaucoup croient, non, ce n'est pas un chant irlandais.
On peut à la rigueur considérer ce chant comme écossais, si on se
base sur le nom de l’auteur, Ewan MacColl, un nom on ne peut plus
écossais, mais de toutes façons MacColl est né à Salford dans le
Lancashire, en plein centre de l'Angleterre, pas très loin du Pays
de Galles, donc pas du tout en Irlande… Et la ville dont il
parle, c'est justement sa ville de naissance, Salford.
Il semble d'ailleurs que « Dirty Old Town » (sale vieille ville) ait été de surnom de la ville de Salford, surnom très connu en Angleterre en ce temps-là, en 1949, année où a été écrite la chanson.
On croit souvent que c'est un chant irlandais car il a été popularisé par les Dubliners et par les Pogues .
En Irlande même, beaucoup de gens pensent d'ailleurs que cette chanson se réfère à Dublin. En Angleterre, le grand public ignore maintenant souvent qu'elle fut écrite par un Anglais du Lancashire, d'origine écossaise de surcroît.
Un peu de lecture ? Allez voir la page Wikipédia de Stalford.
« Quinze marins », pas de problème, vous connaissez… Mais c’est breton tout ça, rien à voir avec les Cévennes, non ?
« Quinze marins », pas de problème, vous connaissez : Michel Tonnerre, le bahut du mort, une bouteille de rhum, etc. Tout ça vous paraît clair. Mais c’est breton tout ça, rien à voir avec les Cévennes.
Serait-ce la suite ? Les Bronzés continuent leurs aventures en faisant du ski. Pourquoi les quinze marins ne partiraient-ils pas dans les Cévennes ?
Que nenni !
Ce « Mr Hyde », d’ailleurs, n’a pas un nom franchement breton, ni cévenol d’ailleurs.
En fait tout ça a commencé il y a bien longtemps, le 13 novembre 1850, à Édimbourg, en Écosse. C’est ce jour-là que naît Robert Louis Stevenson, qui, quelques années plus tard, deviendra écrivain.
Son œuvre la plus connue est sans doute « L’île au trésor », publiée du 1er octobre 1881 au 28 janvier 1882 sous forme de feuilleton hebdomadaire. Ce roman a contribué à façonner la représentation des pirates dans l’imaginaire populaire avec des éléments tels que les îles désertes, les cartes au trésor marqué d’un X, ou l’archétype du pirate avec le personnage de Long John Silver, unijambiste et accompagné d’un perroquet sur l’épaule.
Dans ce roman Stevenson fait chanter les marins à plusieurs reprises. Leur chanson, présentée comme traditionnelle (il la qualifie de vieille chanson de mer), est une pure invention de l’auteur. Et il n’a écrit que le refrain, et sans en préciser la musique :
On traduit généralement ce refrain par :
Mais on peut en trouver aussi des traductions qu’on peut qualifier de plus libres :
Le roman eut un tel succès que ce chant qui n’existait pas devint vite tellement connu que de nombreux auteurs et compositeurs s’empressèrent de le compléter, paroles et musique.
La première création est un poème qui date de 1891, lui-même repris et enrichi aux alentours du début du XXe siècle. Ces dernières versions étaient déjà faussement présentées comme des textes traditionnels.
Les auteurs et compositeurs se sont ensuite succédés au fil des années pour proposer leurs propres versions de la chanson, chacun prétendant souvent que sa version était la seule vraie traditionnelle.
Si vous voulez en découvrir certaines, toutes plus surprenantes, voilà quelques liens :
Vous en trouverez sans peine des dizaines d’autres en tapant « Fifteen men on the dead man’s chest » dans votre moteur de recherche favori.
Mais la meilleure version est, bien entendu et en toute objectivité, celle de Michel Tonnerre qui écrivit « Quinze marins » en 1970, en y incluant quelques personnages du roman : Long John Silver, Bill (le second du corsaire), George Merry (transformé en John Merigue).
Djiboudjep chante « Quinze marins » parmi divers autres chants de marins, ce qui accentuera l’idée que cette création est un chant traditionnel et donnera un nouveau souffle au genre.
En effet, apparemment nous sommes partis très loin des Cévennes.
Mais pas tant que ça : Stevenson n’a pas écrit uniquement « L’île au trésor », même si ce roman occulte souvent le reste de son œuvre.
En 1878, trois ans avant la parution de « L’île au trésor », et principalement à la suite d’une peine de cœur, Stevenson traverse toute la Lozère, un périple d’environ 195 km, effectué en 12 jours.
Son unique compagnie est l’ânesse prénommée Modestine, avec laquelle, malgré des débuts difficiles, il finit par tisser tout au long du voyage des liens affectifs forts.
« Travels with a Donkey » en version originale, ou « Voyage avec un âne dans les Cévennes » en français, paraît en 1879.
Après la mort de Stevenson, le succès du livre et l’engouement pour le voyage qu’il relate se développèrent rapidement, au point qu’à l’occasion du centenaire du voyage, en 1978, un itinéraire de randonnée a été mis en place, pour permettre aux amateurs de répéter le voyage d’aussi près que possible. Cet itinéraire fut ensuite intégré au réseau des chemins de grande randonnée sous le nom de GR 70, appelé le « chemin de Stevenson ».
Mr Hyde, c’est bien entendu celui de « L’étrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde » (en anglais « Strange Case of Dr Jekyll and Mr Hyde »).
C’est, encore une fois, Robert Louis Stevenson qui écrivit cette nouvelle, publiée en 1886, quatre ans après « L’île au trésor ». On y trouve le docteur Jekyll qui, obsédé par sa double personnalité, met au point une drogue pour séparer son bon côté de son mauvais. C’est ce dernier qui, nuit après nuit, prendra finalement le dessus et le transformera en monstrueux Mister Hyde.
Cette nouvelle est devenue une référence dans la culture mondiale comme allégorie de la double personnalité, tiraillée entre le bien et le mal, de chaque être humain. La nouvelle peut également être comprise comme une allégorie de la dualité de l’ère victorienne, pudibonde et pourtant d’une violence terrible en matière sociale.
Elle a été adaptée de très nombreuses fois au cinéma, mais aussi en chanson, par exemple par Serge Gainsbourg (« Docteur Jekyll et Mister Hyde », 1966) et Renaud (« Docteur Renaud, Mister Renard », 2002) pour ne citer qu’eux.
Si vous voulez en savoir plus, voici quelques documents qui m’ont aidé à rédiger ce qui précède :
C’est vrai, nous n’avons pas beaucoup de liens avec New York. C’est vrai, vous ne croyez plus aux contes de fées. Mais alors, vous dites-vous, où va-t-il ainsi ?
C’est vrai, nous n’avons pas beaucoup de liens avec New York.
C’est vrai, vous ne croyez plus aux contes de fées.
Mais alors, vous dites-vous, où va-t-il ainsi ? Et quel rapport avec
l’Irlande ?
Je voudrais seulement vous faire découvrir une version très
particulière d’une chanson assez connue.
« Conte de fées de New York », c’est la traduction de « Fairytale of New York », le titre d’une chanson des Pogues, extraite de l'album « If I should fall from grace with God ».
Et les Pogues, là il n’y a pas de doute, c’est bien irlandais !
Cette chanson a une histoire… (Le texte qui suit est extrait en grande partie de la page Wikipédia qui est consacré à la chanson.)
« Fairytale of New York » est issue de l’album « If I Should Fall from Grace with God » de 1988. Elle est interprétée en duo par Shane MacGowan et Kirsty MacColl.
Les origines de la chanson sont contestées : MacGowan a indiqué que c’était le résultat d’un pari fait par le producteur des Pogues à l’époque, Elvis Costello, qui pensait que le groupe ne serait pas en mesure d’écrire une chanson de Noël à succès. Le manager des Pogues, Frank Murray, lui, a déclaré qu’il était à l’origine de l’idée que le groupe devrait essayer d’écrire une chanson de Noël.
La chanson suit un immigrant irlandais à la veille de Noël. Il rêve à des vacances passées pendant son sommeil dans une cellule de dégrisement de New York. Quand un vieil homme entre lui aussi en état d’ébriété dans la cellule en chantant un extrait de la ballade irlandaise « The Rare Old Moutain Dew », le narrateur (MacGowan) commence à rêver du personnage féminin de la chanson. Le reste de la chanson (qui peut être un monologue intérieur) prend la forme d’un échange entre le couple, leurs espoirs de jeunesse brisés par l’alcoolisme et la toxicomanie. La chanson a été contestée à cause du deuxième couplet, où MacGowan désigne le personnage de MacColl comme « une vieille salope droguée », et MacColl répond avec une tirade qui comprend les mots « tapette » et « cul » (« faggot » et « arse »).
Le 18 décembre 2007, la BBC Radio 1 interdit ces mots et joua une version censurée. Finalement la radio est revenue sur sa décision après une journée de protestations d’auditeurs.
Le clip original est visible ici.
Les paroles, accompagnées de leur traduction sont disponibles sur La Coccinelle et sur le site du Monde (oui oui, le journal). La traduction (sans les paroles anglaises) est disponible sur paroles.net.
Pour vous aider à comprendre les paroles :
Shane MacGowan est mort le 30 novembre 2023, à Dublin, à l’âge de 65 ans.
Ses obsèques ont été célébrées le 8 décembre 2023, à l’église Sainte-Marie-du-Rosaire, à Nenagh, en Irlande, dans le comté de Tipperary, non loin de là où il avait grandi.
De nombreux artistes étaient présents. La cérémonie, très musicale, été marquée par une interprétation émouvante et chaleureuse de « Fairytale of New York ». La chanson se termine par des pas de danse improvisés par les participants. Comme le dit un commentaire anonyme, « si on danse comme ça aux funérailles de quelqu’un, ce quelqu’un ne pouvait pas être mauvais »…
Je vous encourage à aller voir et écouter cette interprétation sur YouTube
L’intégralité de la musique de la cérémonie est ici.
Si vous voulez en savoir plus, voici quelques documents qui m’ont aidé à rédiger ce qui précède :
L’Olonnois a bien existé, et sa vie correspond bien à la chanson de Michel Tonnerre.
Ce refrain résume très bien la vie de François L’Olonnois. En effet L’Olonnois dont parle Michel Tonnerre a bien existé, et sa vie correspond bien à ce qui est raconté dans la chanson.
On l’appelait aussi l’Olonnais, Lolonois, Lolona.
Que sait-on réellement sur François L’Olonnois ? À la fois beaucoup et peu de choses. Les historiens s’accordent à peu près sur le fait qu’une grande part de ce qu’on sait de lui correspond à la réalité, mais une part non négligeable est cependant du domaine de la légende, ou, au minimum, de l’exagération.
Des documents historiques incontestables parlent de lui, mais aussi des récits très romancés, tel celui écrit par John Steinbeck qui a en particulier beaucoup surenchéri sur la cruauté de L’Olonnois (dans « La coupe d’or », son premier roman, paru en 1929).
François L’Olonnois est né aux Sables d’Olonne vers 1630. Il est mort vers 1669.
Son identité réelle reste inconnue. Certains auteurs l’ont désigné sous le nom de Jean-David Nau, sans citer de source probante. Selon le « Dictionnaire des Corsaires et des Pirates » (2013), ce prénom et ce nom sont « au pire une invention, au mieux une confusion ». Aucun historien, à ce jour, n’a découvert son véritable patronyme.
Il a été l’un des flibustiers les plus cruels de la mer des Caraïbes du milieu du XVIIe siècle, l’un des plus craints, mais aussi l’un des plus respectés. Il fut connu sous le surnom de Fléau des Espagnols.
Il arrive sur l’île de la Tortue en 1660 comme « engagé », une sorte de contrat de travail de trois ans pour la Compagnie des Îles d’Amérique, qui est en fait du semi-esclavage.
À l’issue des trois ans, François est libre, il part pour Saint-Domingue, où s’est fixée la communauté des boucaniers. Vivant de la chasse, de la vente de peaux, ces hommes rudes mais loyaux sont en lutte permanente contre les soldats espagnols qui contrôlent l’île. François apprend les valeurs de l’amitié et la solidarité, il s’aguerrit aux armes et au combat. Devenu l’Olonnais, c’est un « frère de la côte » respecté, dont l’ambition est de devenir flibustier.
Il s’associe alors à un autre pirate, Michel le Basque, et compte huit navires et 400 hommes.
Devenu pirate, l’Olonnois fait la preuve de son courage et de sa décision, si bien que le jour où son capitaine tombe au combat, il est élu capitaine par l’équipage.
L’Olonnois commence à acquérir une telle réputation de cruauté vis-à-vis de ses prisonniers que tous les navires espagnols, toutes les villes combattent contre lui jusqu’au dernier homme.
Après plusieurs bonnes prises, il fait naufrage non loin de Campêche, au Mexique. Lorsque les Espagnols le débusquent, ils abattent tout l’équipage. L’Olonnois n’échappe à la mort qu’en se barbouillant de sang et en se cachant sous des cadavres.
Du temps de sa gloire, on raconte que les Indiens Mayas voulurent en faire leur roi.
Auréolé de nombreuses victoires contre les Espagnols, François L’Olonnois possédait son propre vaisseau. Admiré pour son audace, craint pour ses violences, il est en 1665 l’homme fort de l’île de la Tortue (Tortuga). Techniquement c’est un pirate, mais il sévissait avec l’assentiment de la France, car face aux appétits anglais et aux risques de reconquête par les Espagnols, sa présence est une assurance pour conserver l’île, mais aussi la côte française de Saint-Domingue.
Dans son « Dictionnaire philosophique », Voltaire, admiratif des actions des flibustiers, salue l’un des exploits de François L’Olonnois :
En 1666, il attaque et pille Maracaibo au Venezuela. Il pille également les côtes du Nicaragua et du Honduras. Il s’en prend bien entendu aux Espagnols, mais aussi aux pêcheurs indiens qui lui porteront dès lors une haine féroce.
Alexandre-Olivier Exquemelin, chirurgien et flibustier, parle de la cruauté de l’Olonnois envers les prisonniers espagnols :
Exquemelin affirme même dans son livre que l’Olonnois ouvrit un jour la poitrine d’un Espagnol d’un coup de sabre et lui arracha le cœur encore palpitant. Une autre version affirme que l’Olonnois dévora ensuite le cœur.
Malgré un certain nombre d’expéditions heureuses, la vie de débauche du flibustier l’oblige à repartir en mer et à poursuivre ses actes de piraterie.
Après de nombreuses autres exactions, il finit par échouer son navire sur un banc de sable dont il n’arrive pas à se dégager. Pendant six mois (et non pas dix ans comme le prétend la chanson), l’Olonnois doit se défendre contre les attaques incessantes des populations autochtones.
Ses hommes et lui finissent par atteindre, à bord de barques à fond plat qu’ils ont construites, l’embouchure du Rio San Juan, qui mène au lac Nicaragua. Descendu à terre pour trouver des vivres et de l’eau douce, il est fait prisonnier par des Indigènes. Il s’agissait certainement de cannibales, puisque le récit d’Exquemelin se termine par ces mots :
Cependant, des doutes planent encore sur la véracité de ces faits et la fin de l’Olonnois.
Rien à ajouter au dernier couplet de la chanson. Il se suffit à lui-même…
Le nom et la vie de François L’Olonnois ont inspiré un personnage de manga, Roronoa Zoro.
Le nom Roronoa est une prononciation japonaise de l’Olonnois.
Si vous voulez en savoir plus, voici quelques documents qui m’ont aidé à rédiger ce qui précède :
C'était un homme politique mexicain qui exerça à plusieurs reprises le pouvoir au XIXe siècle. Mais quel lien avec nos chants ?
Antonio López de Santa Anna y Pérez de Lebrón, né21 février 1794 à Xalapa, l’actuelle capitale de l’État de Veracruz, et mort le 21 juin 1876 à Mexico, est un militaire et homme politique mexicain qui exerça à plusieurs reprises le pouvoir au Mexique, entre 1833 et 1855.
Mais quel rapport entre ce Santa Anna et les chants de marins ? Patience…
Il était surnommé L’Aigle, le Napoléon de l’Ouest, le Napoléon du Nouveau Monde ou le Héros immortel de Cempoala par ses amis et partisans. Ses ennemis, eux, le surnommaient Quince Uñas (Quinze Ongles) en référence à la jambe qu’il perdit en 1838.
Durant sa longue carrière politique, il fut tour à tour royaliste, monarchiste, républicain, centraliste, fédéraliste, libéral et conservateur.
Il occupa la fonction de gouverneur de l’État de Yucatán (1824-1825) puis de celui de Veracruz (1829).
En 1833, Santa Anna accède au pouvoir par un coup d’état. En 1835 il se retire pour cause de maladie.
À partir de 1841, après une guerre civile dont il sort triomphant, il gouverne le pays d’une main de fer. Il est renversé en 1844. Il reprend le pouvoir en 1846 après un court exil, pour en être à nouveau chassé en 1847. Il revient une dernière fois au pouvoir en 1853, sous le titre d’« Altesse sérénissime », pour être chassé, définitivement cette fois, en 1855. Il s’exile alors. Il finit ses jours au Mexique après y être revenu en 1874 à la suite d’une amnistie.
Sa carrière militaire fut bien remplie. Il combat les « Indiens », les flibustiers américains et texans. Il est plusieurs fois cité pour sa bravoure. Il se distingue aussi dans les guerres civiles mexicaines.
En résumé, en 38 années de guerres presque ininterrompues, Santa Anna participa à plus de batailles que George Washington et Napoléon 1er réunis.
Vous ne voyez sans doute pas encore le lien entre Santa Anna et les chants de marins… Et pourtant il existe.
Lors de la guerre de 1846-1848, les États-Unis attaquent le Mexique dans le but de gagner de nouveaux territoires. Des marins anglais combattent alors aux côtés de Santa Anna qui faisait figure de héros aux yeux des Britanniques en combattant l’envahisseur américain. Les Anglais chantèrent alors, pour la première fois, une chanson intitulée « Santianna » à la gloire de Santa Anna :
Ce qu’on peut traduire par :
La chanson « Santianna » est devenue ensuite un chant de marins classique.
On en trouve de nombreuses versions, par exemple :
En partant de « Santa Anna », on est arrivé à « Santianna », mais il y a de nombreuses autres variantes, parmi lesquelles « Santiana », « Santy Anna », « Santayana », « Santy Anno », et bien sûr « Santiano » (ne me dites pas que vous n’aviez pas deviné où on allait arriver !).

C’est en 1958 qu’Hugues Aufray la découvre sous le titre « Santy Anno », chantée par le Kingston Trio. C’est Jacques Plante qui écrira les paroles françaises, en s’éloignant beaucoup du contenu original :
Elle existe maintenant en de nombreuses versions, en de nombreuses langues :
Je vous ai épargné les versions des Kid United et de la Star Academy !!
Si vous voulez en savoir plus, voici quelques documents qui m’ont aidé à rédiger ce qui précède :